Bille [9] Cinq janvier

bille

Par Marie Lebert, juillet 2016.
Illustration de Denis Renard.

«Bille» est un court roman galactique intemporel et sans limite d’âge. [Résumé]


Vingt-huit décembre / Vingt-neuf décembre / Trente décembre / Trente-et-un décembre / Premier janvier / Deux janvier / Trois janvier / Quatre janvier / Cinq janvier


Nous sommes le cinq janvier en fin de matinée.

Ayant mis leur réveil rond à sonner pour ne pas rater le pot du nouvel an, reporté de quelques jours pour les raisons que l’on sait, Bul et Boubou se réveillent frais et dispos.

Bras dessus, bras dessous, ils partent à pied vers la bulle-bureau, chaussés l’un comme l’autre de leurs tongs de fête. Boubou rit aux larmes pendant tout le trajet. Bul est en train de lui raconter ses pérégrinations terriennes des derniers jours, tout en citant quelques proverbes et expressions lus dans le dictionnaire consulté la veille sur la Terre, avec force explications.

C’est le pot de la nouvelle année, avec gâteaux-billes et champagne à volonté. Tout le monde est là.

Au grand soulagement de ses collègues, Café ne fait plus une tête d’enterrement. Son regard a même une vivacité qu’on ne lui connaissait pas.

Quant au regard de Plastique, il est étincelant, et son nouvel œil gauche lui donne un charme étrange. À son arrivée, celle-ci a brièvement vérifié que son bouquet de roses était toujours là, perché à la cîme de la bulle-bureau, une bonne façon de s’assurer une fois encore de l’efficacité de ce nouvel œil gauche.

Chef et Frondex discutent des mérites comparés de leurs frondes, lors d’une conversation animée présageant une grande amitié.

Souris et Four se tordent de rire en les écoutant.

La nuit précédente, Chef a procédé à quelques aménagements supplémentaires dans la bulle-bureau, sous la conduite experte de Frondex, si bien qu’il ne leur est plus nécessaire de se rendre dans le plus grand couloir de la planète pour exercer leur art. On n’est jamais aussi bien que chez soi, la bulle-bureau étant leur deuxième maison, en quelque sorte. À l’extérieur, un mur transparent permet désormais aux billes trop véloces de faire ricochet, une manière comme une autre d’éviter les désagréments passés.

Mais place aux gâteaux-billes et au champagne avant de passer aux choses sérieuses. Ventre affamé n’a point d’oreilles, dit à juste titre un proverbe terrien.

Une fois rassasiés, tous se mettent en place pour assister à l’impitoyable concours de lancer à la fronde entre Chef et Frondex, arbitré par Plastique.

Pendant les quelques secondes que dure la mi-temps, le temps de sabler une coupe de champagne, Plastique se demande d’ailleurs s’il ne serait pas temps de s’initier au lancer à la fronde et non plus seulement d’arbitrer les concours. Une chose à ajouter à sa liste de projets pour la nouvelle année qui débute.

Juste avant le pot de nouvel an, Café a soigneusement caché toutes ses billes au fond du tiroir archi-secret de son bureau. La place de choix revient bien entendu à la bille «terrienne», dans le double fond du tiroir archi-secret, on n’est jamais trop prudent. Tout en appréciant le calme ambiant, la bille est un peu nostalgique au souvenir des trois jours passés sur un tissu neigeux dans la maison de la presse de Lion-sur-Mer, au milieu des livres, au lieu de ces tiroirs sentant le café.

Si Café lance un jour une bille super importante dans l’espace, cette fois de manière volontaire, la bille s’inscrirait bien pour un autre voyage galactique en Normandie ou même pour une mission de plus longue durée. Elle a déjà l’expérience nécessaire.

Mais chaque chose en son temps, dit un proverbe terrien.

[Fin]


Copyright © 2016 Marie Lebert

Written by marielebert

2012/11/22 at 17:03

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