Une très brève introduction à l’accès ouvert [texte de Peter Suber]

Document original: A Very Brief Introduction to Open Access, by Peter Suber.

Avec une version beaucoup plus longue et détaillée en français et en anglais.


Traduction par Marie Lebert.
Première mise en ligne le 10 septembre 2012.
Dernière révision le 28 février 2016.
[Voir aussi: 35 questions sur l’accès ouvert à la recherche.]


La littérature scientifique en accès ouvert est numérique, en ligne, gratuite et exempte de la plupart des restrictions en termes de droit d’auteur et de licence d’utilisation. Ce qui rend l’accès ouvert possible est l’internet et le consentement de l’auteur ou du détenteur des droits d’auteur.

Dans la plupart des domaines, les revues scientifiques ne rémunèrent pas les auteurs, qui peuvent ainsi choisir une diffusion en accès ouvert sans perte de revenus. À cet égard, les chercheurs sont dans une situation très différente de celle des musiciens et des cinéastes, et les controverses sur l’accès ouvert pour la musique et les films ne sont pas de mise pour les travaux de recherche.

L’accès ouvert est entièrement compatible avec l’évaluation des articles par un comité de lecture, et toutes les initiatives majeures promouvant l’accès ouvert aux travaux scientifiques insistent sur l’importance de cette évaluation. Tout comme les auteurs d’articles scientifiques font don de leur travail, c’est aussi le cas des directeurs de publication et des membres du comité de lecture dans leur grande majorité.

La production de la littérature scientifique en accès ouvert n’est pas gratuite, tout en étant plus économique que la production de la littérature scientifique publiée de manière conventionnelle. La question n’est pas de savoir si la littérature académique peut être produite gratuitement, elle est de savoir s’il existe de meilleures façons de couvrir les coûts de fonctionnement que de faire payer les lecteurs et de créer des barrières d’accès. Les modèles économiques permettant de couvrir ces coûts dépendent du mode de diffusion de cette littérature en accès ouvert.

Il existe deux modes principaux de diffusion en accès ouvert pour les articles de recherche: les archives ouvertes et les revues ouvertes.

* Les archives ouvertes ne sont pas soumises à une évaluation par un comité de lecture, mais mettent simplement leur contenu gratuitement à la disposition de tous. Ces archives peuvent contenir des prépublications (preprints en anglais) non évaluées par un comité de lecture, des publications validées par un comité de lecture ou bien les deux. Ces archives peuvent appartenir à des institutions, par exemple des universités ou des laboratoires, ou bien relever d’une discipline donnée, par exemple la physique ou l’économie. Des auteurs peuvent archiver leurs prépublications sans la permission de quiconque, et la majorité des revues permet d’ores et déjà aux auteurs d’archiver leurs post-publications (postprints en anglais). Lorsque les archives se conforment au protocole de collecte des métadonnées de l’Open Archives Initiative (OAI), l’interopérabilité de ces archives permet aux usagers de trouver un contenu donné sans devoir connaître quelles archives existent, où elles se trouvent et ce qu’elles contiennent. Il existe maintenant des logiciels open source permettant de créer et de gérer des archives conformes au protocole de l’OAI, tout comme un mouvement mondial prônant de tels logiciels.

* Les revues ouvertes soumettent les articles à une évaluation par un comité de lecture et mettent ensuite les articles acceptés à la disposition de tous gratuitement. Les dépenses de ces revues concernent l’évaluation des articles par le comité de lecture, la préparation des manuscrits et l’espace requis sur un serveur. Les revues ouvertes financent leurs coûts de fonctionnement de la même manière que les chaînes de télévision ou les stations de radio. Celles qui privilégient la diffusion du contenu financent les coûts de production en amont afin de permettre le libre accès de ce contenu à quiconque disposant de l’équipement voulu. Dans certains cas, cela signifie que les revues reçoivent une subvention de la part de l’université dont elles relèvent ou de la part d’une association professionnelle. Dans d’autres cas, cela signifie que les revues facturent des frais de publication sur les articles acceptés, ces frais étant pris en charge par l’auteur ou par le sponsor de l’auteur (employeur ou agence de financement). Les revues ouvertes qui facturent des frais de publication suppriment souvent ces frais si l’auteur a des difficultés économiques. Les revues ouvertes recevant des subventions institutionnelles ne facturent en général pas les frais de publication. Certaines revues ouvertes peuvent se contenter de subventions ou de frais de publication moindres si elles disposent par ailleurs de revenus provenant d’autres publications, de la publicité ou de services payants annexes. Certaines institutions et certains consortiums proposent des remises sur les frais de publication. Certains éditeurs de revues ouvertes suppriment les frais de publication pour tous les chercheurs affiliés à des institutions ayant souscrit un abonnement annuel (couvrant l’ensemble des frais de publication pour les chercheurs d’une institution). De nombreuses solutions créatives sont possibles pour trouver des formules permettant de payer les coûts de fonctionnement d’une revue ouverte avec évaluation par un comité de lecture, et nous sommes loin d’avoir épuisé les ressources de notre intelligence et de notre imagination dans ce domaine.


Version française de Marie Lebert sous licence CC BY-NC-SA version 4.0.

Written by marielebert

2012/09/10 at 10:31

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